Archives mensuelles : décembre 2014

Nouveaux contes rémois : « Place d’Erlon » par Vero

 

I- Le touriste

Après la cathédrale et le Palais du Tau, je découvre la place Drouet d’Erlon. Je prends le temps d’admirer les façades Art déco des immeubles de cette avenue piétonne bordée d’arbres et de magasins. Des gens se promènent, regardant les vitrines, d’autres, portable à l’oreille, marchent d’un pas pressé. Un groupe de jeunes me croise, riant bruyamment. Près d’un bureau de poste, un SDF, assis par terre, son chien à côté, attend qu’on lui donne une pièce. Autour d’une fontaine ronde, quelques personnes profitent du soleil. Un petit garçon court, s’amusant à glisser et à chasser les pigeons. Il n’écoute pas sa mère qui l’appelle. Je m’éloigne, me dirigeant vers la fontaine Subé. J’ai lu quelque part que les noms des quatre rivières coulant ici sont gravés sur le piédestal. Une jolie statue dorée de femme ailée, représentant une Victoire, en orne le sommet. Je prends le monument en photo.

Je retourne donner une pièce au type assis près de la poste. Je remarque une petite église, coincée entre une banque et un magasin de sport. Je m’approche, j’apprends que c’est la plus ancienne chapelle de Reims. Douze coups s’égrainent. En face, des clients s’attablent en terrasse, profitant du soleil.  Je regarde les menus des restaurants.

II- Le petit garçon

Génial, j’adore cette place, ça glisse trop bien ! Oh, j’ai failli rentrer dans un monsieur qui prenait des photos ! Heureusement, il m’a vu et m’a évité juste à temps. Il me sourit, il a l’air gentil ! Maman me crie : « Fais attention aux gens, ne cours pas, reviens là ! » Elle me gronde tout le temps, je m’amuse, moi ! Chouette, des pigeons, je leur cours après, j’aime les faire s’envoler. Oh, le gros chien ! Je recule, ils me font peur. Surtout les gros comme celui-là. Le monsieur assis à côté me sourit. « T’inquiètes pas, petit, il est gentil. T’aurais pas une pièce, des fois ? » Il est sale, mal coiffé, une bouteille de vin à côté de lui. Ma maman m’a défendu de parler aux inconnus. Je ne lui réponds pas et cours vers la fontaine. J’adore y tremper mes mains, j’éclabousse les gens sans faire exprès. Une dame me regarde, fâchée, et se lève en râlant. Maman m’appelle encore, mais je fais semblant de ne pas l’entendre, je m’amuse trop ! Elle me rattrape, me grondant: « Alors, tu ne réponds pas quand je t’appelle ? N’embête pas les gens ! » « Maman, tu m’achètes une glace ? Je peux faire un tour de manège ? S’il te plaît ! »

III-Le SDF

Aujourd’hui, il fait beau, y’a du monde sur la place. P’têt que j’vais avoir un peu de sous, on sait jamais. Je m’assois à mon endroit habituel, près de la poste, tout près du distributeur de billets. Je caresse la tête de Rolf, un bon chien, ça. Les animaux, c’est fidèle et comme il est gros, il me protège : la rue, c’est risqué la nuit. On est dans la même galère, tous les deux. Dehors depuis cinq ans. Je regarde les gens passer, en buvant un coup de temps en temps. J’ai qu’ça à faire toute la journée. Avant, j’étais comme eux. Un beau jour, plus de boulot, plus d’argent pour le loyer, hop à la rue. L’été, ça va encore, mais l’hiver… Un gamin court après les pigeons, à cet âge-là, on est bien, pas de soucis ! Une jolie femme passe, pressée, elle détourne le regard quand elle me voit. Fais pas ta dégoûtée, ma belle, ça pourrait t’arriver aussi, tu sais ! Un groupe de touristes photographient le monument à la statue dorée, y’en a bien un qui me donnera quelque chose ? Bingo ! J’ai gagné deux euros, sympa, merci m’sieur !

IV- La femme pressée

Bon, d’abord, il faut que j’aille chez André, j’ai repéré l’autre jour une paire de bottines qui me plaisaient bien. Pourvu qu’ils les aient en marron ! Le noir, j’aime pas, tout le monde en porte. Ensuite, un tour chez Sephora, pour acheter du parfum. Puis un saut à Go Sport, j’ai besoin de t-shirts pour le cours de Zumba. Un groupe de touristes bouche le passage à côté de la fontaine Subé. Je les contourne, mais j’ai failli percuter un gamin qui s’amusait à glisser sur le sol. Il repart sans s’excuser, quel mal élevé !

Près de la poste, l’habituel SDF attend la pièce. Je n’aime pas du tout la façon dont il me regarde. Vieux lubrique ! Vite, je me dépêche, je dois être rentrée dans une heure.