Archives mensuelles : octobre 2014

Nouveaux Contes Rémois : « L’homme à la veste en lin beige et à la sacoche marron » par Eric Blanc

Imaginez un homme, vivant à Reims, rue Hincmar, propriétaire d’un appartement dans l’immeuble situé à côté d’un petit parking où les arbres font une ombre épaisse en été. Il a la quarantaine, vit tranquillement avec sa femme, passionnée d’art contemporain, et ses deux enfants, respectivement collégien et lycéenne, tous deux bons élèves. Il ne sait pas que sa fille fume en cachette, mais il s’inquiète que son fils semble aussi introverti. Il vote à gauche, mange bio ou local, apprécie son confort et reste discret sur sa manière de vivre. Question d’humilité et de retenue. En fin de compte, certains diraient de lui : « Un vrai bobo, celui-là ! » Il répondrait : « Oui certainement, pourquoi ? » Enfin, sa parure de bourgeois bohème rémois comporte un dernier attribut indispensable, l’étiquette obligatoire accolée à ce genre d’individu : il se rend au marché des Halles tous les samedis que Dieu ne fait pas… puisqu’il est athée. Ah ! au fait, il s’appelle Érick Leblanc.

Un samedi de fin juin. Le jour de son anniversaire, Érick part à pied au marché, avec son caddy et ses sacs réutilisables. Il ne manque pas de s’arrêter au café de la Paix, place d’Erlon, boire un grand crème sans sucre, comme il en a l’habitude. Très conscient que ce genre de récurrence constitue un premier pas vers le troisième âge, cela l’amuse plutôt, et il en déguste sa boisson douce et chaude avec un rictus d’autodérision. Il profite toujours de ce moment pour lire quelques pages d’un bon roman ou d’un recueil de nouvelles, jamais l’Union, journal qu’il trouve creux et populiste.

Arrivé au marché, comme à chaque fois, il marque un temps pour observer le plafond des Halles, dont la réhabilitation est selon lui une franche réussite. Après s’être extasié devant cette architecture comme on admire celle d’une cathédrale, il commence par l’étal de M. Cogniard, éleveur de volailles. Il vient chercher une commande pour le week-end, car toute sa famille a fait le déplacement depuis l’Auvergne pour fêter son anniversaire. Ainsi, il range dans son cabas un coq déjà découpé en vue de la préparation d’un coq au vin, une terrine de foie de lapin et huit boudins blancs aux escargots.

Remarquons, à ce stade du récit, que certains aspects de l’histoire semblent quelque peu surdétaillés, et le fil des événements devient fastidieux à suivre. En fait, le contenu de cette commande constitue le premier élément de grande importance. Car au moment où Érick s’apprête à se rendre à l’étal suivant, l’homme qui se trouve juste derrière lui dans la file d’attente demande à M. Cogniard un coq déjà découpé, une terrine de foie de lapin et huit boudins blancs aux escargots ! Cette coïncidence ne manque pas de faire soulever le sourcil droit d’Érick Leblanc d’un bon centimètre. Le hasard sait parfois se montrer taquin.

Peu après, Érick arrive devant l’étal de son maraîcher ardennais. Il garnit son sac à provisions de divers légumes de saison pour un montant total de 13 euros et 57 centimes. Mais là encore, deux clients derrière lui, se tient le même homme, servi par la fille du maraîcher. Il récupère ses sacs de légumes, les mêmes légumes. Et la vendeuse lui dit en rendant la monnaie : « … et voilà 6 euros 43 qui font vingt ! » Érick ayant quelques notions de mathématiques réalise rapidement que l’homme en question vient d’acheter le même panier que lui pour une somme identique ! Cette deuxième coïncidence fait naître chez Érick un sentiment de curiosité excitante enrobée d’une sorte d’angoisse. Il s’arrête pour examiner plus précisément la bête de foire. Il doit avoir soixante-dix ans tout au plus, une courte barbe et des lunettes, il est mince et parait assez vif pour son âge. Il porte une veste en lin beige et une sacoche marron.

Piqué par l’envie d’en apprendre plus, Érick décide de suivre l’importun, et de ne plus se laisser suivre. Il se place derrière lui, dans la file d’attente du fromager. Vous savez, celui qui porte un petit gilet en peau de mouton hiver comme été. Érick fixe le malotru, du moins l’arrière de son crâne en espérant le regarder dans les yeux, mais l’homme ne se retourne pas. Érick l’observe acheter du Morbier, de l’Emmental et du Saint Nectaire, payer et partir. Il déplie ensuite la liste de courses que lui a préparée sa femme afin de se procurer les fromages idoines pour le week-end. En matière de fromage, c’est toujours sa femme qui choisit, car lui n’en mange jamais. Vu sa mine déconfite, on devine sans peine le contenu de ce maudit papier. Il en oublie presque de se faire rendre la monnaie.

Après les deux premiers achats, il aurait pu croire à un canular, mais cela prend maintenant une tournure pour le moins inamicale. Érick, vexé, a l’impression qu’on se moque de lui. Alors, pour reprendre la main, il se dit qu’il doit improviser. Il part de l’autre côté du marché et décide de se procurer quelque chose qui n’est pas prévu, et auprès d’un marchand chez qui il ne va jamais. Il sort des Halles et passe devant un joueur d’accordéon. Il a l’habitude (encore une) de lui donner un euro, mais pas aujourd’hui. En face de la brasserie du Boulingrin, il aperçoit un fleuriste et choisit un bouquet de roses rouges pour sa femme. Après tout, il ne lui en offre pas si souvent. Autour de lui, aucune trace du trublion. Érick paye, et, les fleurs en main, il prend le chemin du retour, toujours sans rien céder à l’accordéoniste. Il sort du marché, pensif, oubliant d’acheter les fruits et le poisson. Il a complètement perdu de vue le mystérieux inconnu.

Il quitte les pavés de la place de l’hôtel de ville pour la place du Forum, en passant par la rue Colbert. Aujourd’hui, il ne s’arrête pas devant la vitrine de l’antiquaire, il veut rentrer sans tarder. Mais plus loin, de l’autre côté de la place Royale, il aperçoit un septuagénaire avec une veste en lin beige, une sacoche marron, un sac de courses dans la main droite et… un bouquet de roses rouges dans la main gauche. Il marche nonchalamment, faisant fi de Louis XV au milieu de la ronde des voitures.

C’en est trop ! Érick accélère le pas jusque vers l’individu qui tourne à gauche rue Cérès. Mais pourquoi le suivre ? Peut-être pour lui demander « Monsieur, comment se fait-il que vous ayez acheté exactement la même chose que moi ? » Ridicule ! L’autre lui répondra : « Mais mon cher monsieur, c’est vous qui me singez depuis tout à l’heure ! » Alors il le suit comme ça, simplement pour voir comment les choses évolueront.

L’homme marche vers la place Aristide Briand, Érick reste vingt mètres derrière. Le poids des provisions commence à devenir gênant, mais il ne s’en chagrine pas, trop concentré sur sa traque. Au grand rond-point, l’homme tourne à gauche rue Jean-Jacques Rousseau, comme s’il revenait sur ses pas ! À quoi cela rime-t-il ? Il continue sur deux cents mètres et finit par prendre à droite rue du Temple, à même pas une minute à pied du marché. Pourquoi ? A-il repéré Érick ? Quelle curieuse farce se joue ainsi ? Où se trouvent les caméras cachées ?

Quand ils arrivent près des Halles, l’homme semble sur le point d’y entrer à nouveau. Mais brusquement, il se retourne face à Érick qui se fige de stupeur. Les deux hommes, à quelques pas l’un de l’autre, se dévisagent pendant une dizaine de secondes, sans bouger, sans rien dire. Érick voit enfin cet individu en face. Ses traits lui semblent familiers, peut-être trop. Érick a la désagréable sensation de se trouver face à un miroir qui le vieillirait de trente ans. Être acteur malgré lui d’une scène aussi surréaliste fait naître en lui un sentiment paranoïaque. Et à quoi pense l’autre ? se demande-t-il. Va-il enfin lui parler ?

Mais l’inconnu fait demi-tour, reprend sa marche comme si de rien était, et disparaît dans la foule sans plus d’explications. Érick sait alors qu’il ne le reverra jamais. Il est immédiatement convaincu qu’il aura à vivre avec ce mystère toute sa vie et qu’il ne connaîtra jamais l’identité de cet homme, ou bien la nature de cette chose.

Le trajet du retour est long et pénible, et Érick ne contemple de Reims que le bout de ses chaussures. Il rentre chez lui avec une bonne heure de retard et sa femme, inquiète, lui dit : « Tu en as mis du temps ! Et puis tu fais une de ces têtes, t’as vu un fantôme ou quoi ? » « Tu ne crois pas si bien dire ! » veut-il lui répondre, mais il n’en a pas le temps, car l’interphone sonne, ses parents arrivent. Pendant le repas, il tâche tant bien que mal de dissimuler son malaise. Il reprend le sourire au moment de souffler les bougies. Après la chanson interprétée à peu près juste, les applaudissements de rigueur et l’extinction d’un deuxième incendie pour doubler la photo, on fait passer les cadeaux. Une édition originale de Giant Steps de John Coltrane en vinyle, ainsi que l’intégrale des poèmes de René Char à la Pléiade, le comblent de bonheur. Il déballe avec une joie réelle les paquets de ses parents et ne bouge plus en les découvrant, la bouche tremblante et les yeux vides. Sa mère interloquée lui demande : 

-Ça ne te plaît pas ? Tu vois Georges, je t’avais bien dit que ça ne lui plairait pas ! 

-Non maman, c’est très bien, répond Érick sans y croire.

Ils lui ont offert… une veste en lin beige et une sacoche marron.

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Questionnaire de Proust : Karine Affortunato, auteure

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Karine Affortunato est la première à jouer le jeu du « Questionnaire de Proust  » dont toutes les questions sont disponibles ici http://www.philo5.com/Penser%20par%20soi-meme/QuestionnaireMarcelProust.htm

Voici donc les réponses de Karine :

1 La réserve

2 La douceur

3 La force

4 Leur bienveillance

5 L’indécision

6 Photographier en numérique / Polaroïd / lomographie/ avec mes yeux / mon épiderme…

7 Voyager, ceux que j’aime autour

8 A la fin me dire que j ai perdu mon temps

9 Un être « humain »

10 « Un pays oú les hommes sont beaux »

11 Le bleu du ciel que je regardais enfant

12 Le lilas chez ma grand mère, l’arbre pousse sur un vieux mur en brique rouge

13 Les migrateurs, ici et d’ailleurs, partout chez eux

14 Capote / Murakami / Koltès

15 Rimbaud / Baudelaire / Verlaine 

16 Sliv Dartunghuver (Les falsificateurs) / Roberto Zucco / Winston Smith (1984)  / Kafka Tamura (Kafka sur le rivage) / Michael Tolliver (Chroniques de San Francisco)

17 Madame Bovary / Gervaise Coupeau (L’Assommoir) / Mari (Le Passage de la Nuit) / Anna Madrigal (Chroniques de San Francisco)

18 Peu importe tant que la caisse de résonance est la poitrine

19 Egon Schiele pour la couleur / De Vinci pour ses croquis 

20 Ceux qui laissent tout, traversent les déserts, juste pour vivre un peu

21 Marianne

22 Les noms composés des gens mariés

23 « Le virus de la médiocrité « 

24 Ceux qui ont laissé faire

25 Aucun

26 L’abolition de la peine de mort

27 La force physique 

28 Comme à Hiroshima, de la lumière, de la chaleur, quelques secondes, puis sur le bitume mon ombre dessinée, pour le reste du temps

29 Je ne vois rien venir

30 Celles que provoque la dyslexie

31 If it´s not love then it´s the bomb that will bring us together so ask me ask me ask me

DECOUVREZ LES TEXTES DE KARINE AFFORTUNATO SUR SHORT EDITION.


Podcast : 51e de couv sur RJR Reims, magazine littéraire d’Olvig l’Olibrius, invités Frédérique (Nouveaux Auteurs Rémois) et Brice Tarvel (auteur BD et SF)

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Rentrée littéraire sur les ondes, le projet « Nouveaux Contes Rémois » a été mis à l’honneur la semaine dernière lors de l’émission « 51e de couv » de l’auteur / slameur / animateur radio Olvig l’Olibrius sur RJR 106.1.

Pour écouter le podcast, c’est par ici que ça se passe :

51ème de Couv’ – Emission #12 Octobre 2014 by Olvig on Mixcloud


Des podcasts : textes littéraires Short Edition Eric B et Vero diffusés sur Soundcloud

Que serait notre blog dans podcasts ?

Tout d’abord, des podcasts issus de Short Edition, deux textes lauréats d’auteurs de notre groupe ont été lus et enregistrés par des comédiens.

Crême brûlée ou tarte au citron meringuée par Eric B

La traque de Jack par Vero

Bonne écoute sur les liens Soundcloud !

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Nouveaux Auteurs Rémois : du nouveau, des nouvelles !

Chers lecteurs,

Si vous nous suivez sur Facebook, vous remarquerez certainement que notre page est alimentée quotidiennement voire pluri-quotidiennement. Eh oui, il est tellement simple de micro-bloguer sur ce réseau social, ce qui explique cette forte présence là-bas et un peu moins ici. Nous avons d’ailleurs l’honneur de compter 102 fans, ce qui commence à être sérieux. De nombreux sujets de posts s’imposent en ces temps de rentrée, avec à venir :

-le partage de différents podcasts

-les portraits de nos auteurs sous forme de questionnaire de Proust -des posts sur les invités que nous accueillons certains samedis

-des projets que nous suivons

-des fictions écrites par nous !

En somme, de quoi déserter Facebook ??!! Non, nous ferons le lien entre les deux médias, bien sûr. Si vous avez des demandes particulières au sujet de ce blog, n’hésitez pas à nous les adresser, nous répondrons ou en prendrons acte (peut-être pas à la vitesse de l’éclair mais…).

Bons baisers de Reims (c’était juste pour la formule, soyez toutefois assurés de notre considération !).

Les Nouveaux Auteurs Rémois