Archives mensuelles : août 2014

Texte court : « Gougnafier(s) » par Thomas L

Si je ne suis pas ridicule, je suis écrivain. Entendons-nous sur le si, car qui suis-je pour connaître le jugement d’autrui ?

Et qui sont-ils, eux aussi, pour me juger, ces misérables ?

Je n’ai de coeur qu’à prouver que je n’ai rien à prouver, à mépriser ceux que je voudrais ignorer, ignorer ceux que je voudrais mépriser. Je raille « les autres » quand je songe à une personne précise. Et quand je crache sur la terre entière, un « lui » ou un « elle » en pâtit.

Et quand c’est l’éclatement, oral et cérébral, que je pense trouver refuge dans des « semblables », les voilà simulacres, arrogants, fiers de surpasser la haine de moi-même. A la moindre dispute, la détestation que je me voue devient une barrière. Mes défauts deviennent les leurs. Mais le pire, est-ce de rejeter la faute sur l’autre, ou que ceux-là, collègues devenus ennemis, en finissent par évoquer ma jalousie, ma rancune, ma médiocrité, comme prétexte à crier plus fort que moi.

« Dans l’éternel débat du coeur, chiens d’humains aboient tous en choeur. »

Vous me prenez sans doute pour un gougnafier malhabile, un envieux. J’en conviens, et je suis de surcroît volontiers médisant. Mais sous prétexte qu’ils passeront peut-être un jour à la postérité, l’arrogance de mes confrères est sans limite. Que cette mise au point les mortifie.

Note de l’éditeur :  les phrases en italique sont extraites de la microfiction « Gougnafier » par Régis Jauffret in Microfictions, à l’exception du « si » initial, ajouté par Thomas L.

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