Nouvelle brève : « Frida et moi » par Marie-Joséphine

Mes mains sont gelées, je ne sens plus mes pieds. Déjà trois heures d’attente sous la pluie, qu’est ce qu’il m’a pris de dire que j’aimais la peinture de Frida Khalo ? Me voilà bien obligée maintenant d’aller voir ses toiles pour alimenter ma nouvelle ! J’ai froid. J’ai froid et je commence à avoir faim, il est presque midi. Mes voisins de file d’attente sont plongés dans leur journal, j’ai oublié ma petite radio. Au secours !

Encore au moins un quart d’heure avant d’atteindre l’entrée du musée de l’Orangerie et de me mettre au chaud. Je ne pense plus qu’à cela, me mettre au chaud. Frida Khalo, je ne connais pas tant que ça ses oeuvres. J’ai surtout été étonnée par l’espèce de tour Eiffel qu’elle a peint à la place de sa colonne vertébrale, pour illustrer sa douleur après l’atroce accident. Mais le reste, si y on regarde bien, c’est toujours la même chose, des autoportraits avec ses drôles de sourcils horizontaux, quand on en a vu un, on en a vu cent !

Ça y est je suis à l’intérieur, c’est bourré de monde, je ne vais encore rien voir. Il devrait y avoir des heures de visite réservées aux moins de un mètre soixante.
Il fait une chaleur terrible dans ce musée ! Maintenant j’ai trop chaud ! Et puis j’ai mal aux pieds et puis j’ai faim. Bon, je reste une demi-heure et je file déjeuner. Ça suffira pour ma nouvelle, d’ailleurs j’aurais pu simplement aller sur internet et trouver toutes les infos et peut être même plus qu’ici d’ailleurs… Tiens on dirait que les gens ont faim eux aussi, il y a moins de monde tout à coup, je vais faire le tour rapidou…

La voilà la Frida, devant moi. Sa drôle de tête en gros plan qui me regarde, ses yeux qui se plantent dans les miens sous ses gros sourcils horizontaux et les rigolos petits singes accrochés à ses épaules qui me regardent eux aussi. Mais c’est quoi ces papillons qui voltigent tout à coup dans mon ventre, cette émotion soudaine, ces larmes qui montent ?

Me voici au Mexique. J’entends le vent dans les arbres que j’aperçois derrière elle, les cris des singes, les chants assourdissants des oiseaux et je suis éclaboussée par toutes ces couleurs qui hurlent derrière elle ! Je suis seule dans la salle, je ne vois plus personne ou alors ils mesurent tous moins d’un mètre soixante car je peux aller de toile en toile et avec cette tendresse pour une femme qui a tellement bien su peindre la vie et sa souffrance. Je n’ai plus trop chaud, je n’ai plus faim, je suis bien.

Publicités

One response to “Nouvelle brève : « Frida et moi » par Marie-Joséphine

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :