Archives mensuelles : décembre 2013

Rétrospective 2013 pour le blog Nouveaux Auteurs Rémois !

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2013 de ce blog.

En voici un extrait :

Un métro New-Yorkais contient 1.200 personnes. Ce blog a été visité 7  800 fois en 2013. S’il était un métro New-Yorkais, il faudrait faire 7 voyages pour les déplacer tous.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.


Poème : « L’apprenti tragédien » par Eric Blanc

Un soir, excité par de classiques lectures,

Un apprenti rimeur se sentit assez mûr

Pour coucher quelques vers, sur des feuilles impatientes

De s’emplir à l’envi de strophes enivrantes.

                                            *

Sans peur du ridicule, de son talent certain,

Il choisit sans scrupule l’auguste alexandrin.

La verve vive au bout des doigts, il songea : « Chiche !

Décompte jusqu’à douze, césure à l’hémistiche. »

                                           *

Voici notre amateur dans l’habit de Racine,

De Molière ou Rostand, cherchant la rime fine.

Il rêva d’aventures, de dames et d’honneur,

De galants gentilshommes, et d’habiles bretteurs.

                                           *

Des histoires de cœur, dialogues faisant mouche,

« Morbleu ! », « hardi ! » et « diantre ! » par petites touches.

Il se voyait déjà, le soir de la première,

Le triomphe assuré et la gloire sincère.

                                         *

Hélas pour notre homme, notre triste compère,

Il ne put rien de mieux que garder nez en l’air ;

Les mots se refusèrent à laisser choir leur sève

Et les muses campèrent sur leur piquet de grève.

                                       *

Point de « Madame », « Messire », de capes ni d’épées.

Sa plume sécha au vent, mais pas sur le papier.

Quand les chaudes tirades se firent trop désirer,

Il se dit : « Tragédien, quel pénible métier ! »

                                          *

Vexé comme un pou gras, il reprit sans splendeur

Ses chats décousus sur Facebook et Twitter…


Nouvelle brève : « Frida et moi » par Marie-Joséphine

Mes mains sont gelées, je ne sens plus mes pieds. Déjà trois heures d’attente sous la pluie, qu’est ce qu’il m’a pris de dire que j’aimais la peinture de Frida Khalo ? Me voilà bien obligée maintenant d’aller voir ses toiles pour alimenter ma nouvelle ! J’ai froid. J’ai froid et je commence à avoir faim, il est presque midi. Mes voisins de file d’attente sont plongés dans leur journal, j’ai oublié ma petite radio. Au secours !

Encore au moins un quart d’heure avant d’atteindre l’entrée du musée de l’Orangerie et de me mettre au chaud. Je ne pense plus qu’à cela, me mettre au chaud. Frida Khalo, je ne connais pas tant que ça ses oeuvres. J’ai surtout été étonnée par l’espèce de tour Eiffel qu’elle a peint à la place de sa colonne vertébrale, pour illustrer sa douleur après l’atroce accident. Mais le reste, si y on regarde bien, c’est toujours la même chose, des autoportraits avec ses drôles de sourcils horizontaux, quand on en a vu un, on en a vu cent !

Ça y est je suis à l’intérieur, c’est bourré de monde, je ne vais encore rien voir. Il devrait y avoir des heures de visite réservées aux moins de un mètre soixante.
Il fait une chaleur terrible dans ce musée ! Maintenant j’ai trop chaud ! Et puis j’ai mal aux pieds et puis j’ai faim. Bon, je reste une demi-heure et je file déjeuner. Ça suffira pour ma nouvelle, d’ailleurs j’aurais pu simplement aller sur internet et trouver toutes les infos et peut être même plus qu’ici d’ailleurs… Tiens on dirait que les gens ont faim eux aussi, il y a moins de monde tout à coup, je vais faire le tour rapidou…

La voilà la Frida, devant moi. Sa drôle de tête en gros plan qui me regarde, ses yeux qui se plantent dans les miens sous ses gros sourcils horizontaux et les rigolos petits singes accrochés à ses épaules qui me regardent eux aussi. Mais c’est quoi ces papillons qui voltigent tout à coup dans mon ventre, cette émotion soudaine, ces larmes qui montent ?

Me voici au Mexique. J’entends le vent dans les arbres que j’aperçois derrière elle, les cris des singes, les chants assourdissants des oiseaux et je suis éclaboussée par toutes ces couleurs qui hurlent derrière elle ! Je suis seule dans la salle, je ne vois plus personne ou alors ils mesurent tous moins d’un mètre soixante car je peux aller de toile en toile et avec cette tendresse pour une femme qui a tellement bien su peindre la vie et sa souffrance. Je n’ai plus trop chaud, je n’ai plus faim, je suis bien.