Archives mensuelles : décembre 2012

2012 sur le blog (rapport WordPress) : Nouveaux Auteurs Rémois et leurs lecteurs !

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2012 de ce blog.

En voici un extrait :

600 personnes ont atteint le sommet de l’Everest en 2012. Ce blog a été vu 5 800 fois en 2012. Pour que chaque personne ayant atteint le somment de l’Everest puisse visiter ce blog, 10 ans auraient été nécessaires.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

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Poèmes et contes sur le blog de la librairie « Rose et son roman »

princesse par Frédérique Prokop

Poèmes inspirés par l’exposition de Frédérique Prokop « Du pays des sortilèges ».

Contes inspirés par Les Fées de Perrault.

Illustration : « Princesse »(Série « Les petites âmes) par Frédérique Prokop


Nouvelle : « Ce roman est une bombe » par Eric Blanc

Ce roman est une bombe

 Les pauses étaient rares, les moments calmes presque inexistants. Son patron venait de lui donner sa demi-journée, alors non, elle n’irait pas tout de suite à la crèche. Il faisait beau, on était en mai, elle prendrait son après-midi ensoleillé rien que pour elle. Une terrasse de café, un thé vert au jasmin et une tartelette aux myrtilles. Rue piétonne peu passante à cette heure, ombrage léger sous les tilleuls, vent tiède printanier, et surtout, un bon roman. « Tu vas voir, lui avait dit son amie, tu le commences et il ne te lâche plus. ». Les premières lignes la happèrent, les premiers paragraphes la saisirent à la gorge, les premiers chapitres lui confisquèrent ses yeux et ses oreilles. La rue se vida en quelques minutes, elle se sentait bien. Elle se retrouvait seule à côté du thé qui refroidissait lentement et des mouches qui se chargeaient de la tarte aux myrtilles.

Elle était maintenant totalement immergée dans l’histoire. Après la dissolution complète et irréversible de l’ONU, le monde s’était scindé en trois blocs rivaux. Les intérêts de chacun étaient devenus incompatibles avec le bien-être des autres. Les discours distillaient une peur à laquelle il fallait se conformer sous peine de se voir accuser de trahison. Les chants d’amours se terraient dans l’oubli collectif, les chants glorieux et patriotiques saturaient ondes et écrans. La course aux armements avait le vent en poupe et affichait une santé insolente. L’ennemi était sur le point d’attaquer plusieurs fois par semaine, alors on creusait des bunkers de béton et d’acier dans lesquels on entassait de la nourriture et des armes. Surtout des armes. Et puis un jour, le plus fou des trois cria plus fort que d’habitude et laissa hurler non pas la poudre, mais l’atome. L’uranium enrichi tomba et tomba encore, reléguant Hiroshima et Nagasaki au rang de guerre du feu. La radioactivité cannibalisa l’air, le feu dévora la matière. La surface d’une planète, si vaste et forte soit-elle, ne peut résister à ce traitement épidermique. Pas un centimètre carré de peau ne fut épargné.

En quelques heures, les grandes forêts brûlèrent comme de simples allumettes. Tour Eiffel, Statue de la Liberté, Grande Muraille de Chine et Pyramides égyptiennes tombèrent comme des maquettes de balsa. C’était comme si tous les volcans du monde crachaient leur rage depuis le ciel. Elle lisait depuis quelques heures déjà. Elle était témoin de l’apocalypse installant son terrain de jeu, cette idée la terrorisa. Puis, trop émue, elle releva la tête et interrompit sa lecture, mal à l’aise. Elle avait très chaud. Elle hurla de douleur et de terreur en voyant sa peau se détacher en lambeaux et ses cheveux tomber. Autour d’elle, il n’y avait plus de thé ni de tarte, mais une bouillie de gravats et de chairs brûlées.

Eric Blanc

Nouvelle librement inspirée de Continuité des parcs par Julio Cortazar.


E-book de nouvelles : « Roses sauvages, variations autour d’un crime »

Le groupe d’écriture Nouveaux Auteurs Rémois a le plaisir de vous présenter son premier e-book, en téléchargement gratuit sur le site Lire en ligne :

Roses sauvages, variations autour d’un crime

rose marine smeets-ducatezIllustration : calligramme « Where the Wild Roses Grow » par Marine Smeets-Ducatez


Nouvelle policière : « Très cher docteur » par Vincent Zochowski

Très cher docteur

Le  25 /03/1955

Très cher docteur et ami,

J’ai appris par Alexandre, lors de sa consultation,  que tu étais très souffrant ces derniers temps. J’espère de tout cœur que tout va s’arranger pour toi.

Un comble pour toi, qui es médecin,  psychiatre  certes, mais médecin quand même. Ce lundi a été inhabituel, dans mon immeuble, rue des Carmes où un étrange attroupement a eu

lieu. On ne sait pas trop ce qui a bien pu se passer  mais des  traces de sang bizarres parsemaient  le sol  et de petites taches éclaboussaient le mur de façade.

Quelques personnes de passage imaginaient un scénario, d’autres émettaient une hypothèse. Rien, on ne savait rien mais on imaginait tout.

Mon cœur battait à tout rompre, moi qui n’avais l’habitude de voir que mon propre sang.

Mais peut-être n’est-ce rien,  simple imagination de ma part, une scène de cinéma,  pourquoi pas.

Sur ce je te laisse.

A bientôt mon ami.

David

Le 26 /03/1955

Mon très cher ami,

Effectivement, il s’est bien passé  quelque chose d’étrange, voire d’effroyable en ce matin du 25 mars.

On a retrouvé ma concierge, la vieille Adeline, égorgée dans sa loge. Une scène épouvantable, à ce qu’on m’a dit.

Pas le moindre témoin, mais beaucoup de personnes en parlent  dans le bar du coin avec son lot habituel de « j’ai tout vu et je ne vous dirai rien  » et d’alcooliques notoires.

Je me sens très perturbé par  cette histoire de fou.

J’avais  encore parlé à la vieille Adeline, à peine une heure avant le drame et après je ne me souviens de rien. Mais de quoi devrais-je  donc me souvenir, dis-moi, Adrien ?

Allez,  je te laisse et à bientôt.

David

Le 07 / 04 / 1955

Mon cher Adrien,

Merci de ta réponse. En effet  je me sens mieux depuis quelques jours après le traitement que tu m’as conseillé de prendre. Je suis moins anxieux mais un peu trop amorphe à mon goût.

Je te tiens au courant si le traitement ne me convient plus. En ce qui concerne le crime qui a eu lieu au bas de mon immeuble, les rumeurs vont bon train. Il me semble intéressant de

suivre l’affaire. Ce n’est quand même pas tous les jours qu’un tel événement se produit. Ce serait presque une bonne chose, une sorte de publicité pour le quartier.

J’ai même retrouvé des traces de pas ensanglantées sur le palier de mon appartement, des traces de doigts sur chacune des cinq portes comme si l’assassin était passé ici près de chez

moi, pour chercher à fuir, qui sait ?

Je l’aimais quand même cette vieille dame, un peu aigrie quelquefois mais qui me rendait de grands services.

J’aimerais tellement savoir ce qui lui est réellement arrivé.

Je te laisse car je suis si énervé que j’ai envie de déchirer cette lettre et comme tu vois, je n’en ai rien fait.

A bientôt,  mon cher Adrien.

David

Le 10 / 04 / 1955

Mon cher Adrien,

Comment vas-tu depuis ces quelques jours ? Mieux, j’espère !

Moi, je suis toujours inquiet de cette situation.

Au fait, j’ai un doute, Adrien, tu ne m’as toujours pas répondu à propos de  mon affaire délicate.

Qu’en penses- tu,  mon cher médecin? Je suis perdu.

Ces quelques traces retrouvées sur mon palier m’intriguent fortement.  Je n’ai rien à me reprocher mais j’ai un doute, un doute affreux…

Il me revient en mémoire, Adrien,  que ce jour du 25 mars, ma défunte concierge, t’avait aperçu dans la rue une heure avant de mourir.

Que faisais-tu là Adrien ?  Venais-tu me voir ou étais-tu seulement de passage ?

Je suis inquiet, Adrien, j’ai peur,  Adrien. Qu’est- ce que l’avenir  me réserve, dis-moi, Adrien ?

David

Le 12 / 04 / 1955

Un crime dans la Seine

Il était environ 18h30, ce mardi 11 avril, lorsque monsieur Alban, pêcheur de son état, découvrit le long de la berge  rue des Suicidés, le corps sans vie d’un homme d’une trentaine d’années.

Cet homme flottait sur le ventre, un couteau planté dans le cœur.

Selon les premiers éléments de l’enquête, l’homme serait mort dans la journée du mardi, si l’on en juge  par la rigidité cadavérique.

Cet homme portait ses papiers. Il s’agirait d’un certain David Lilbert, demeurant rue des Carmes.

Bien entendu, des recherches plus approfondies seront effectuées, en ce qui concerne  la véritable identité du défunt.

La police est à la recherche d’un éventuel témoin, et toutes les informations  pouvant faire avancer l’enquête seront les bienvenues.

FH

Vincent Zochowski