Archives mensuelles : octobre 2012

Réécriture de nouvelle classique : « Le fantôme de Lindenberg » par Vincent Zochowski

Le fantôme de Lindenberg

Le  jour se levait sur le sombre château de Lindenberg, sis au cœur de la Bavière. Toitures effondrées par endroits, murs décrépis, poutres  en partie calcinées ; Raymond avait hérité de ce lieu à la mort de ses parents et occupait l’aile ouest de cet antique monument.

Depuis environ un siècle, l’aile est était hantée par un étrange phénomène : un spectre occupait la chambre « rouge  » – une pièce où avait eu lieu le meurtre d’une jeune épousée.  A ce jour, son fantôme restait tous les jours assis sur le lit attendant la date du 5 mai, pour sortir de sa torpeur et déambuler dans les couloirs froids du château.

Raymond, depuis maintenant deux ans, entretenait une relation avec  Agnès, la fille du teinturier  de Bremen, le village voisin à quelques encablures de Lindenberg. Il devait même  l’épouser le 7 mai. Mais deux jours avant, elle vint le rejoindre innocemment dans sa chambre, et se blottit contre lui, tendre, attentionnée, la peau  froide comme la mort. Ils s’embrassèrent et dormirent côte à côte.  Le matin, lorsque Raymond se leva, il ne vit aucune trace de sa bien- aimée, juste un voile bleu au pied de son lit. Il courut à travers le château mais ne la retrouva pas. Triste, il descendit au village voisin et demanda à parler à Agnès. Elle nia  être allée le voir dans sa chambre, ce qui était contre ses propres intentions. Il insista mais déçue par son entêtement, elle renonça à l’épouser.

Le soir suivant,  la même  histoire survint, une forme vint se blottir contre Raymond : même impression de déjà vécu ; même froideur contre sa peau. Il était serein contre cette présence incertaine,  mais tout aussi craintif. Il savait maintenant que ce n’était pas Agnès qui l’embrassait amoureusement mais un être qu’il ne connaissait pas,  elle semblait ne pas avoir de cœur. Aucune respiration n’émanait de cette personne.

Le lendemain,  Raymond se rendit  aux archives de la commune  et découvrit l’histoire de son château. 300 ans plus tôt, le 5 mai 1630, une  future jeune épouse avait lâchement été assassinée, étranglée avec un voile en tissu bleu dans la chambre qu’elle devait partager avec son futur époux, le prince de Lindenberg. Le meurtrier était le majordome du château, jaloux à mourir de cette union impossible à ses yeux. Le pauvre homme avait été retrouvé pendu dans l’arrière-cour  le lendemain, le voile bleu autour du cou.

Après cette découverte, Raymond alla faire état de sa découverte à Agnès qui lui pardonna. Ils se marièrent la semaine suivante. Et tous les 5 mai qui suivirent, le fantôme continua de déambuler dans la demeure sans jamais plus entrer dans la chambre des heureux époux.

Vincent Zochowski

Nouvelle inspirée de la Nonne Sanglante de Charles Nodier et écrite pendant l’atelier « écriture d’épouvante ».