Nouvelle vampirique : « Teddy » par Vincent Zochowski

Teddy

Oui, Teddy, c’est banal comme nom pour un ours en peluche, un gentil petit ours blanc, reçu pour mes quatre ans, avec une légère entaille à la base du cou, comme s’il avait été malencontreusement déchiré par une mâchoire. Je le retrouvai un matin au pied de mon lit avec deux petits points au bas de ses yeux, des larmes d’ursidé. C’était mon doudou et plus le temps passait, plus sa blessure s’élargissait à lui en faire perdre la tête. En secret, mon pauvre ours pleurait de douleur, j’en étais certain.

Par la suite, Aristide, mon hamster, présenta les même symptômes, de petits points à la base du cou, et quelques cris de douleur ou de contentement, je ne m’en souviens plus exactement… Tous les animaux dont je fus le propriétaire eurent beaucoup de mal avec moi, pourtant, je les aimais bien, moi, ces bêtes. Je voulais devenir un grand vétérinaire, un médecin reconnu pour soigner tous les ours en peluche et les hamsters blessés au cou. Maman me réprimandait : « Ne me dis pas cela, mon petit ».

Miette en avait de la chance de m’avoir comme ami. Je le lui répétais toujours et pourtant elle ne me croyait guère. A huit ans, elle ne connaissait rien à l’amitié. Quelle sotte !! Je voulus une fois l’embrasser dans le cou, et en un instant elle me repoussa en me criant un « Dégage ! » qui résonne encore à mes oreilles. Quelle sotte !! Je ne voulais que l’embrasser, mais en me repoussant une goutte de son sang, provenant d’une coupure à la joue, vint se poser sur ma langue et son goût me procura le plaisir que l’on éprouve après avoir croqué dans un fruit bien juteux et sucré. Quelle sotte ! C’est la dernière fois, que Miette vint me voir, deux jours avant de mourir d’une étrange hémorragie… Quelle sotte ! J’en pleurai.

Tout commença vraiment le jour où Mme Noireux, l’ infirmière de l’ école, convoqua mes parents pour leur dire son étonnement quant à la croissance étrange de mes deux canines. Mes parents, Leo et Louise, s’amusèrent comme des enfants à lui dire que mon grand-père habitait un château en Roumanie. Madame Noireux vexée, s’en remit à un problème dentaire fréquent chez les adolescents de quinze ans. La croissance, qu’elle disait, la croissance, si elle avait su !

J’étais encore un éternel adolescent à l’aube de mes trente ans. Virginie, n’en croyait pas ses yeux. Une adepte du piercing comme elle se trouva charmée de ces deux petits points sanguinolents à la base du cou et me redemanda aussitôt, par la même petite morsure, de reproduire le même de l’autre coté. Elle était sublime dans sa robe de chair, allongée sur le ventre, la rondeur de ses courbes me déséquilibrait, et sans aucune mesure, je décidai de goûter à ce sombre délice. Elle fut merveilleuse, Virginie, onctueuse, agréable à souhait. Je sortis, heureux, de la chambre la laissant là, toujours allongée sur la couverture. Elle hoqueta soudainement et un filet de sang apparut à la commissure de ses lèvres bleues. Assis sur l’ oreiller, du haut de ses trente centimètres, Teddy la fixait de ses yeux de verres.

Vincent Zochowski

Nouvelle inspirée de La petite fille qui mordait ses poupées (Gudule), atelier sur l’écriture vampirique.

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