Nouvelle d’épouvante inspirée d’une légende bretonne : « Violaine » par Bastienne K

Violaine (librement inspirée de « La mariée de Trécesson »)

Cette nuit-là comme toutes les autres, je me livrai à ma ronde, non loin du château de Trécesson en Brocéliande. La silhouette du fort apparaissait quasiment effacée par le brouillard de ma Bretagne natale. Dans ma tournée, je vérifiais toujours que la porte de la chapelle était verrouillée du lourd cadenas derrière lequel l’autel des filles à marier accueille chaque jour tant de supplications et de pleurs, de pères, de mères et de vierges désespérées.

Un reliquaire, noirci d’être touché par des doigts impatients, abritait un petit morceau de voile autrefois blanc et des morceaux de fleurs d’oranger, à présent sèches, comme la terre qui portait mes pas dans l’ombre… Il était bien trop tôt pour que la rosée du matin vienne chatouiller le bout de mes pieds délicatement chaussés de satin. C’est alors que j’entendis des pleurs qui semblaient provenir de l’intérieur de la chapelle, je m’y faufilai aussitôt.

« Pourquoi suis-je enfermée ici ? J’ai si peur ! En cet endroit, je fuis le choix de mes parents, de me marier à ce riche marchand, que je n’aime pas et ne saurai jamais aimer. Ma mère m’a obligée à toucher les reliques de cette pauvre fille qui fut enterrée vivante par ses frères pour avoir voulu épouser un de leurs ennemis. Je suis persuadée que cette chapelle me portera malheur comme à cette mariée, qui, dit-on, hante les abords du château dans ses habits de noces. Qui sait, ces tristes reliques me feront peut-être aimer celui dont je ne veux point ? Ou me feront-elles sur le champ mourir de chagrin ? ».

Pour la première fois en des siècles, une autre que moi semblait comprendre. Je décidai de rester dans l’ombre à l’écouter, derrière un des piliers de la chapelle. « J’ai entendu un bruit de chaînes, ne suis-je plus seule ici ? Ou peut-être le froid des murs de cette chapelle m’est-il monté à la tête, comme si l’esprit du mal commençait à l’envahir ? Si je brisais les reliques, les portes de cette chapelle s’ouvriraient-elles pour me laisser la liberté ? ».

La jeune fille se saisit du reliquaire, si lourd qu’elle tomba assise sur le sol et que le coffret ne se brisa guère. Je m’étais postée derrière elle à son insu, empêchant sa tête d’aller cogner les dalles de la chapelle et de se vider de son sang et de sa cervelle.

« La mort m’aurait-elle gagnée car je sens un vent glacial dans mon dos ? ».

« Non petite, vous n’êtes plus seule, je vous protège. »

« Mais qui êtes-vous ? » La pauvre enfant me tournait toujours le dos, tremblant dans sa robe de laine grise.

« Si je savais, chère enfant, quel visage j’ai après toutes ces années… »

«Une robe blanche déchirée, des souliers de satin si fins, un visage angélique maculé de terre, que Dieu ait pitié !» La jeune fille tomba morte à mes pieds avant de terminer sa phrase. Je quittai la chapelle bien penaude car j’aurais tant aimé devenir son amie. Cela faisait si longtemps que je n’avais pu m’entretenir avec le monde des vivants.

La nuit suivante, alors que j’errais non loin du château, j’entendis une voix qui ne me sembla pas inconnu. Une ombre frêle vêtue de gris se leva de dessous les herbes du cimetière de la chapelle. « Je m’appelle Violaine et, infortunée mariée, tu ne seras plus seule lors de tes promenades nocturnes… ». Je sursautai d’étonnement avant de lui tendre, en gage d’affection, ma main osseuse gantée de blanc.

Bastienne K

Texte écrit lors de l’atelier d’écriture d’épouvante.

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