Microfiction : « Un festin » par Sabrina Gheroui

      AVERTISSEMENT : les textes publiés sur ce blog et inspirés des Microfictions de Régis Jauffret peuvent heurter les sensibilités. Les propos et les actes tenus par les personnages ne reflètent en rien l’opinion propre des auteurs.

En gras dans la “microfiction”, le début et la fin imposés, extraits de Devant les enfants. Cet exercice d’écriture est suggéré par Sébastien Onze dans l’ouvrage 150 défis d’écriture (Mango).

Un festin

Les soldats sont arrivés chez nous dans l’après-midi. Ils ont torturé Mathias devant les enfants. Pendant ce temps, ils m’ont obligée à faire cuire du saumon.

Deux d’entre eux, continuèrent de dépecer Mathias. L’un ayant pris la casserole d’eau bouillante et se félicitant de décoller la peau de son avant-bras. L’autre préférant utiliser le fer à repasser sur ses jambes.

Dès que Mathias montrait des signes d’évanouissement, ils lui jetaient de l’eau glacée versée d’une bassine placée à proximité. Et cela, toujours devant les enfants à qui ils imposèrent leur barbarie.

Le troisième prit le morceau de saumon qu’il coupa en deux puis disposa les morceaux dans deux assiettes. Il me ligota à nouveau à une chaise située à côté des enfants qui avaient ordre de regarder le spectacle horrible de leur père agonisant.

Il déposa les assiettes devant les enfants, leur intimant l’ordre de manger.

Dans un premier temps, ils refusèrent d’obtempérer mais le troisième homme comme je l’appelle, les menaça d’enlever une à une les dents de leur père et cela devant eux.

Mon aîné, sortit un cri de rage avant de se décider à prendre un morceau de saumon au niveau du ventre du poisson.

Et, à ce moment là, le troisième homme fit un signe aux deux autres, qui ouvrirent le ventre de Mathias.

Toujours devant les enfants.

C’est là que je compris avec horreur, que mes enfants allaient devoir contre leur gré prendre part à ce jeu macabre.

Le troisième homme obligea mon cadet à manger lui aussi son poisson. Il prit alors la cruelle décision de s’attaquer à l’extrémité du saumon.

Et avec un réel plaisir, le troisième homme ordonna qu’on coupât le sexe de Mathias.

Quand il ne resta que la tête dans l’assiette des enfants, Mathias ressemblait à un cadavre dont l’autopsie avait été réalisée par des étudiants en médecine.

Des garrots avaient été posés puis il avait été démembré.

Encore devant les enfants.

Le troisième homme se mit à observer les enfants.

Tout le monde comprenait que la situation avait pris un nouveau tournant.

Les enfants pleuraient.

Ce moment, je ne pourrai jamais l’oublier. Je me suis évanouie à l’instant où des jets de sang sortirent de ses yeux.

Et depuis, chaque année à la même date, je ne peux cacher mon chagrin, mon effroi et ma colère. C’est la seule exception à ma douleur.

J’ai survécu, j’ai dû reprendre une vie des plus normales. Car je me suis fait la promesse de ne jamais craquer.

« Pas devant les enfants ! »

Ce jour là, j’ai perdu mon mari, mon confident, mon guide, ma vie… Mais pour les enfants, j’ai dû rester forte. Fuir… loin et tout recommencer.

Et depuis, je nettoie les parties communes de votre immeuble. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je m’en veux de ne pas pleurer jour et nuit.

Sabrina Gheroui

Nouvelle écrite lors de l’atelier “Microfictions”.

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