Archives mensuelles : mai 2012

Sonnet : « Le rêveur est son cauchemar » par Eric Blanc

« Le rêveur est son cauchemar »

Les chats et les fantômes deviennent silencieux,

On referme les volets, les yeux… et puis les livres.

Un monde va mourir, un autre va revivre,

La nuit mauvaise attire les songes venimeux.

Malheur à ce pauvre homme qui se croyait heureux

Car ses angoisses folles et ses cauchemars ivres,

Ses haines faites de glace et ses colères de givre

Changeront l’ange pur en un démon odieux.

La lumière survit pour la gloire des ombres,

Et la clarté subit les tortures les plus sombres

Quand l’homme devient la créature qu’il imagine.

Il n’a plus que des vers à la place du cœur.

Les desseins maléfiques et les maux qu’il dessine

Tourmenteront à jamais ce simple rêveur !

Eric Blanc

Sonnet à trous (dernier mot de chaque vers imposé) écrit pendant l’atelier d’écriture du samedi « Autour de la poésie ».

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Nouvelle à chute : « Le départ » par Sabrina Gheroui

Le départ

Depuis ma prime jeunesse, je subis le diktat de ma famille. Je deviendrai ce qu’ils veulent que je devienne. «  C’est pour ton bien ! », me répètent-ils. Ils savent combien le monde est rude et impitoyable. « Je connais la bonne route, je sais ce qu’il te faut. De mon expérience, tu seras plus forte ! ». Sauf que moi, je veux faire mes propres erreurs, je veux apprendre par moi-même, bourlinguer, découvrir le monde… Tellement de voies qui s’ouvrent à moi ! Je ne veux pas être le fruit qui tombe près de l’arbre  et qui y demeure à jamais ! Mes sœurs  veulent rester, grand bien leur fasse !

Chez nous, c’est la communauté avant tout. On nous inculque que c’est le groupe qui possède, pas l’individu. Que nous  sommes une famille. On se méfie des nouveaux, on évite nos voisins.

Je sais que je n’ai pas le droit de partir. Mais que voulez-vous, contrairement aux autres, je n’en fais qu’à ma tête. En règle générale, accepter des règles que je ne comprends pas ou que l’on m’impose me fait changer de direction, être dans le rang ce n’est pas pour moi, non merci !

Depuis l’incendie de cet été, la vie est devenue encore plus rude. Il n’y a plus aucune place aux loisirs, déjà si rares avant. Le temps est à la reconstruction. Les conditions de vie se sont durcies et ont donné toute légitimité aux administrateurs pour nous contraindre à abattre encore plus de travail.

C’est pourquoi, aujourd’hui, je pars. Je ne veux plus marcher au pas. Depuis une semaine, je me suis préparée. Ma décision est prise. Ce soir, je dormirai avec comme seul toit le ciel, mais libre pour la première fois ! Libre d’aller où je veux, de faire ce que je veux, voire de ne rien faire du tout.

Je vais voyager léger, s’il y a quelque chose que j’ai appris ici, c’est à me contenter de peu. Je ne veux pas qu’il me soit reproché d’avoir spolié les biens de qui que ce soit durant ma fuite.

Je ne dirai adieu à personne, j’aurais trop peur que l’on me retienne. Je partirai aux heures où tout le monde se livre à ses corvées. Chacun étant occupé, personne ne se souciera de mon absence avant les dernières lueurs du soleil.

Il est temps. Et c’est sans un regard en arrière que je quitte définitivement la fourmilière qui m’a vue naître.

Sabrina Gheroui

Nouvelle à chute écrite dans le cadre de l’atelier dédié à l’art de la Microfiction.