Archives mensuelles : avril 2012

Centon : « Le désir rédempteur » par Bastienne K

 Le désir rédempteur

Mon désir est la région qui est devant moi

Et s’enivre en chantant du chemin de la croix

Ces bois, ces cris d’oiseaux, ces ombres et ces jours,

C’est la Rédemption ! C’est l’amour ! C’est l’amour !

 

Nous jouissons de tout même de nos souffrances,

Qui chantent les transports de l’esprit et des sens,

Présence ressaisie dans la torche du froid,

Il n’est rien de commun entre la terre et moi.

 Bastienne K

Liste des citations par ordre d’apparition :

Strophe 1 :

Apollinaire : « Mon désir »

Baudelaire : « Bénédiction »

Yves Bonnefoy : « La lumière changée »

Rimbaud : « Soleil et chair »

Strophe 2 :                                                     

Apollinaire : « A l’Italie »

Baudelaire : « Correspondances »

Yves Bonnefoy : « Théâtre, IX »

Lamartine : « L’isolement »

Centon écrit à l’atelier d’écriture du samedi : « Autour de la poésie ».

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Sonnet : « J’écris » par Vincent Zochowski

J’écris

Autour de moi, rien ne bouge, tout est silencieux,

Un doux rêve caresse les pages de mon livre,

Où un espoir futile m’aidera à revivre,

L’attirance délicate de ces rêves venimeux.

*

Alors, page après page, je redeviendrai heureux :

Ecrire et ressentir ce besoin d’être ivre

De mots s’exprimant en tous sens, hors du givre

De ces tristes visages, affaiblis et odieux.

*

Ou je cours et m’en vais, accourant vers les ombres

Hors de cette folie et ses mille regards sombres.

Car plus rien ne m’égare, lorsque je m’imagine…

*

Ou je pars à la rencontre sans nulle rancœur,

De romans, de poèmes, de bulles qui se dessinent,

Sans autres espérances que celles d’un rêveur.

Vincent Zochowski

Sonnet à trous (dernier vers imposé) écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture “Jeux Poétiques”. Exercice est extrait du livre Atelier d’écriture-150 jeux de lettres et exercices de rédaction de Franck Evrard (Ellipses).


Poème : « Jouvence » par F.Torlan

 Jouvence

Où s’en vont-ils toujours, mes souvenirs d’enfance?

Sacs de billes, loup glacé, cache-cache et chat perché,

Ces mondes imaginaires où il fait bon rester,

Où les tracas des grands s’enrobent d’insouciance.

*

Que j’aimerais parfois l’élixir de jouvence,

Parfum barbe à papa, couleur poudre de fée,

Boire une dernière fois, pour qu’en quelques gorgées

Même le temps d’une journée, revienne mon innocence.

*

Alors à petits pas, j’irais me réfugier

Dans un jardin secret, pour y faire pousser

Des arbres à contes de fée, des roses éclats de rires.

*

J’arroserais le tout de jeux et de magie.

Le menton dans la main, je laisserais grandir

Les rêves et les projets qui fleuriraient ma vie.

F. Torlan

In atelier poèmes d’enfance et calligrammes.


Nouvelles à chute : « Surmenage » et « Mise en beauté » par Frédérique Alfassa-Larsonneur

Surmenage

Madame Gautier s’assoit en face du psy que son médecin traitant, qui n’a pas pu lui fournir un arrêt maladie, l’a envoyée revoir en urgence.

-Alors, Madame, depuis l’autre fois, avez-vous remarqué des améliorations dans son attitude ? Un mot gentil, un petit effort pour vous rendre la tâche moins difficile, je ne sais pas…

-Toujours aussi désagréable, pour être honnête. Je ne la supporte plus. Et je suis tellement mal payée pour tout ce que je fais pour elle. Sans parler de ce manque total de reconnaissance qui me tue ou presque.  Je suis prête à rendre mon tablier mais je n’assume pas complètement. Je me dis que je ne suis peut-être pas compétente car c’est moi qui ai choisi de faire ça. La dame sort un kleenex de son sac et souffle dedans en pleurnichant.

-Lui avez-vous expliqué que vous en avez assez et qu’elle pourrait faire des efforts, en dépit de son âge ?

-Je n’arrive pas à lui dire, vous savez, ça n’est pas facile. Elle passe ses journées assise à me regarder nettoyer ses saletés, lui essuyer la bouche, la changer quand elle se fait dessus. Et tout ce qu’elle trouve à faire, c’est me cracher sa soupe au visage. Quand elle se lève, c’est pour cacher mes clés ou mon porte-monnaie et en rire toute seule, au moment où elle me voit fouiller partout… Elle est vraiment méchante. On dirait qu’elle s’emploie à me rendre folle. Et quand elle m’observe en train d’enlever mon tablier tout sale et ma robe pas mieux en-dessous, elle adore répéter un truc qui ressemble à : « Moche, moche, moche ! », avec son sourire édenté ! La patiente tire sur le bas de sa jupe et frotte quelques taches, sans réussir à les effacer. Elle soupire.

-Qu’en pense l’entourage ?, hasarde le psychologue.

-Quand j’en parle à mon mari, il me dit que je ne supporte rien et que tout est ma faute. Il pense que je ne suis pas faite pour ça, tout simplement. Et quand j’aborde le sujet avec les collègues, elles se marrent. Elles me disent qu’elles arrivent même à briquer les sols et à faire le linge, quand ça roupille et à cet âge-là, c’est souvent… Car c’est aussi mon travail de m’occuper des tâches ménagères.

 Elle triture son sac et sort son porte-monnaie en regardant l’heure sur la pendule. Déjà une demi-heure qu’elle parle…

-Mieux vaudrait être folle que juste un peu déboussolée. Chez le psychiatre au moins, ce serait remboursé, pense Madame Gautier en sortant le billet de cinquante euros que son interlocuteur enfouit dans sa poche de veste.

-Tout devrait s’arranger le jour où vous accepterez de la mettre, ne serait-ce que quelques heures par semaine à la halte-garderie ! Pensez-y, Madame et à la semaine prochaine !

Mise en beauté

 Avec le salon de coiffure, je m’occupais toujours de rendre belles les autres. Toujours avant moi. Ma mise en plis c’était pour le dimanche, idem pour mon joli maquillage, avec du bleu canard aux yeux, du Ricils et de la poudre de soleil. Pourtant, la semaine, il fallait faire belle figure pour les clientes mais sans passer des heures à me poupounner, comme moi je disais…

Les années de brushings ont abîmé mes bras et mon dos, les produits pour colorations et permanentes ont encrassé mes pauvres poumons comme un sèche-cheveux qu’on  ne nettoie jamais et où s’est emmêlée la poussière. J’avoue aussi que j’aimais bien fumer en arrière-boutique entre deux rendez-vous. Je les aimais bien, mes petites clientes. Madame Fauchier, avec ses bouclettes et son gros chien gueulard,  Bernadette, la mamie d’en face qui venait avec sa petite-fille Samantha, qui pleurait au moment de se faire couper la mèche, la blonde, femme de banquier, toujours impeccable avec son bel imper, un truc anglais doublé comme une couverture écossaise de la marque Beurre-Beurre-Riz, qu’elle disait. Quand elles ont vu le mot à la porte du salon, elles ont décidé de m’offrir tout ça. Parce que Micheline, quand même, elles ont dit toutes, en mettant des sous dans une enveloppe pour moi…

Je porte ma robe bleue canard préférée et je suis allongée sur une table, les yeux fermés, au milieu de fers à friser et palettes de maquillage pas cher, mais alors pas cher du tout. Que ça va être bon quand même de se faire papouiller un peu, même si ça sent bizarre ici et que la coiffeuse me fixe d’un drôle d’air. Ah, les jeunes de maintenant avec leurs anneaux dans le nez, les oreilles et où veux-tu nous y voilà… C’était pas comme ça, au salon !

La fille qui doit me coiffer – une apprentie ? – ne me parle pas et me regarde à peine, elle a mis la radio et c’est pas Musette FM, dommage car c’est mon cadeau à moi, quand même cette mise en beauté… J’aime pas sa musique à elle, un truc de sauvages qui fait des boum-boum-boum.  Je n’en peux plus. Et elle est drôlement malpolie en plus. Avec ses tatouages de vieux prisonnier, comme ça se faisait il y a cinquante ans de ça, j’te jure…

-J’te plais pas vieille ? Ben, tu m’plais pas non plus ! Aucun son ne sort de ma bouche. Mes paupières sont comme scellées, mais je vois et j’entends tout.

Elle tente deux-trois boucles toutes molles avec le fer, le repose et soupire :

-Bah, ça ira comme ça, de toute façon t’es moche… Tiens, je vais te maquiller en bleu pas beau comme t’aimais, car on m’a filé une photo de ta tronche pour que j’essaie d’en faire quelque chose.

Le téléphone sonne, la fille décroche et en profite pour allumer une cigarette : « Pompes Funèbres Creusemoi et Fils, bonjour… ».

Frédérique Alfassa-Larsonneur

Nouvelles à chute écrites pour l’atelier sur l’art de la Microfiction.


Sonnet : « Le désir » par Vincent Zochowski

Le désir

Sans cesse à mes cotés, s’agite cette idée,

Sublime, si intense, elle se cache et me régale

De son parfum aux notes douces mais épicées,

Elle se tient là, soucieuse mais sans me faire de mal.

 

Parfois, elle prend son élan et au moindre regard,

Envie de dévoiler, infime précaution,

Subtile, enjouée, le nu révèlera son art,

Lorsqu’ à ce désir, s’ajoutera l’intention. 

 

Plaisirs ravissants et émois sur la peau :

Exister et vouloir si fort rompre le sceau

D’une monotonie trop intolérante.

 

Elle projette dans mes yeux ; que l’innocence vienne !

Gestes tant espérés, étreintes et soupirs,

Car sans aucun  regret, elle deviendra mienne.

Vincent Zochowski

Sonnet librement inspiré de “La Destruction” et composé dans le cadre de l’atelier “Ecrire à la manière de Baudelaire”. 


Haïku : « Quatre saisons » par Margareta Stein-Andreotti

« Quatre saisons »

Belle arrière-saison,

Entre feuilles et bogues,

Châtaignes au sol.

 

Des boules de neige,

Lancées par des mains d’enfants

Sont joies de l’hiver.

 

Vient le printemps

Des abeilles volent au vent

Entre des tulipes.

 

L’éclat de l’été

La lumière refera jour

Dans mon coeur sombre.

Margareta Stein-Andreotti

Série de quatre haïku illustrant chaque saison et écrite dans le cadre de l’atelier sur l’haïku.


Poème : « Ces chers petits enfants… » par Vincent Zochowski

 

Ces chers petits enfants…

1- Se servir de la canne de Mamie Huguette et jouer à D’artagnan.

2-Dans une maison de retraite, faire une course de fauteuils roulants…

3-Dérégler les sonotones  et jouer  une petite sonate d’AC DC !

4-Voler la perruque de tonton Auguste et le dentier de Papi Jean pour se déguiser en clown

5-Remplacer  le poivre par les cendres de feu  Tonton  Jules.

6- Jouer aux billes avec les pilules de Tata Charlotte.

7-Allumer un pétard  sous les fesses de Tonton Edouard  pendant sa sieste, juste pour voir !

8- Trois petites gouttes de glu sur un  dentier… 

Mais  oui, les enfants sont charmants !

Vincent Zochowski

Poème d’enfance, librement inspiré de Chère vieille enfance par Jean-Pierre Verheggen et écrit durant l’atelier “Spécial Printemps des Poètes : poèmes d’enfance et calligrammes.